Texte de Sarmen Guerre inspiré par mon travail
"je trouve que le travail de Christophe est calme, parfois plus déployé, parfois plus intimiste (peut-être dû au format et aux formes). L’énergie est douce. Ce qui apparaît dans son travail,
c’est un jeu d’opposition. Certaines œuvres s’élèvent, d’autres s’enroulent, mais ces oppositions ne sont jamais violentes. Ce ne sont pas des conflits sans fin. Je dirais plutôt des tensions
tranquilles. Il n’y a rien de tragique dans son travail. On passe d’une œuvre à l’autre assez librement. Il ne cherche pas à les faire coïncider ni à les justifier entre elles. Il laisse un vide
entre elles, un espace. Mais ce vide n’est pas un abîme: c’est une distance nécessaire, presque respirante. Les oppositions à l’œuvre ne sont pas dialectiques: elles ne visent pas ni dépassement,
ni synthèse. Elles coexistent. Les œuvres qui s’élèvent et celles qui s’enroulent ne se corrigent pas mutuellement; elles se laissent être, chacune dans sa direction propre.
Il ne s’agit pas d’un travail de contraste spectaculaire, mais de contrastes doux, presque silencieux, qui demandent au regard une attention lente. Le vide entre les œuvres n’est ni un manque ni une rupture. Il fonctionne comme un espace, un intervalle actif. Ce vide empêche la fusion autant que la dispersion; il maintient une distance juste entre les formes. Le travail de Christophe se déploie dans plusieurs directions formelles, sans jamais perdre son unité. Cette unité ne tient pas à un style figé, mais à une cohérence de tension: mêmes exigences de sobriété, même retenue expressive, même rapport à la matière. Ce qui est à l’œuvre dans son travail en général se vérifie dans une œuvre en elle-même.
Une œuvre en elle-même est travaillée au niveau de sa forme et de sa matière. Les formes simples, verticalité et sphère, relèvent d’un vocabulaire volontairement restreint. Elles ne cherchent ni la complexité ni l’effet, mais une présence stable, presque élémentaire. La technique est parfaitement maitrisée, mais elle ne devient jamais sujet.
Elle est visible sans être ostentatoire, présente sans être autoritaire. Elle ne cherche pas à impressionner, mais à servir la tenue de l’œuvre. Il y a un jeu entre la forme et la matière, qui s’opposent et se répondent sans chercher de solutions hâtives. Les passages entre les deux, sans être totalement harmonieux, se font doucement.
Ici les oppositions sont intégrées sans se confondre.
La majorité de son travail est plutôt abstrait, symbolique et spirituel comme il le dit. Il s’adresse à l’esprit, de manière direct; il ne cherche pas l’imitation des formes de la réalité physique commune, mais des formes plus essentielles, plus substantielles, donc plus abstraites. Lorsque des formes humaines apparaissent ou se laissent deviner, elles introduisent une dissonance. Elles sont plus brutes, moins maîtrisées, comme si l’exigence d’excellence acceptait ici d’être trahie. Cette trahison n’est pas une faiblesse, mais un rappel: l’humain ne se laisse pas totalement pacifier.
Ces figures empêchent l’œuvre de se refermer sur une pure harmonie abstraire. Elles réintroduisent une inquiétude discrète, nécessaire à la vitalité du travail, à l’élan créatif. Le caractère symbolique de ce travail ne repose pas sur des références codées ou narratives. Il ne s’agit pas de symboles à déchiffrer, mais de formes essentielles qui sollicitent directement l’esprit. Le symbolique n’est pas illustratif, non, plus. Il est structurel. Il naît de la relation entre formes, de leur verticalité, de leur enroulement, et de leur silence. On pourrait dire que son travail est moins symbolique au sens classique que symbiotique: les formes, la matière, le vide, les directions multiples coexistent sans hiérarchie.
Rien ne prend le pouvoir sur le reste. Son œuvre se tient par équilibre, non par domination.
Cela vaut pour l’œuvre entière et pour chaque œuvre à part.
Christophe Nancey Biographie
- Né en 1961. Vit à Cabris, Alpes maritimes, jusqu’en 1986
- Entre 1975 et 1984 apprentissage de quelques bases de l’ébénisterie.
- 1984 découverte du tournage et de la sculpture sur bois.
- 1986 Installation à Saint-Jean-Cap-Ferrat - début des recherches sur l’alliance du bois et de l’étain.
- 1989 Premier salon métiers d’art - Artisa Grenoble – Participe à de nombreux salons de province entre 1989 et 2004.
- 1995 Première conférence sur mes techniques personnelles au musée des pays de l’Ain – Bourg en Bresse.
- 1997 Artiste en résidence au Center for art in Wood –
Philadelphie – USA
Ce séjour de 2 mois marquera le début de mes recherches sur les aspects de matière brute et la polychromie sur bois.
- 2000 Premières sculptures monumentales à taille humaine.
- 2004 Changement de vie et Installation dans la Nièvre. Début de la création de mes ateliers adaptés à l’évolution de mon expression artistique.
- 2004 à 2020 participe à de nombreux salons Paris et province – GMAC – Maison et Objet – Réalités Nouvelles – Expositions de groupe France et USA Expositions en galeries et musées - France et USA.
- Depuis 2000 nombreux stages et interventions dans mes ateliers et dans des structures adaptées – France - USA – Irlande – Israël – Espagne – Suisse.
- Depuis 2020 expositions personnelles dans des lieux adaptés à mes créations et ouverture d’un espace galerie jouxtant mes ateliers.
Bibliographie
- "Le tournage sur bois en France" - édition Vial – 1998
- "Bois de rêve, bois travaillés" édité par les musées des pays de l'Ain – 2002
- "Connections" édité par le Wood turning center of Philadelphia – 2005
- "Nouveaux artisans créateurs de France" - édition du pigeonnier – 2006
- "New masters of woodturning" - édition Fox chapel publishing – 2008
- “L’art du bois tourné français” – édition Bordet - 2021
Réseaux sociaux : instagram
Site internet : https://www.atelier-nancey.com/
"Fleur" L x l x h : 30 x 10 x 75 cm - 2004
Frêne, pigments. Elle fait partie de la série des "Empreinte" initiée en 2000.
Les travaux de cette série marquent le premier aboutissement de mes recherches sur les aspects de matière bruts.
Parfois c'est l'évocation d'un temps révolu, une image fossile où la vie s'est arrêtée à un instant précis.
Il est comme retrouvé en fouillant la terre comme on fouille une mémoire.
"Origine" L x l x h : 75 x 12 x 85 cm - 2008
Loupe d'orme, acier, pigments. Évoquant un fossile, cette œuvre est uniquement sculptée et travaillée en polychromie.
La spirale nait d'un chaos constitué d'une forte concentration de défauts naturels dans le bois.
Souvent c'est une forme sensuelle, jaillissante, qui semble saisie dans un instant fugitif, surgissant d'un passé, vivant un présent riche d'espoir, promesse d'avenir… Entre source et océan.
"Groupe de Danaïtes enrubannées" 2012/2013 - Dimensions : de 15cm à 25 cm
Initiée en 2011, cette production fait référence à "Dana", déesse du don et de la fécondité dans la mythologie celtique.
Les Danaïtes sont les filles que je lui imagine. C'est une évolution importante de ma création d'œuvres apparentées aux graines, démarrée en 2002 avec les séries des "Caramboles".
Les trois pièces sont en ronce de bruyère.
"Chimère" L x l x h : 25 x 15 x 35 cm - 2005
Loupe de frêne teintée, pigments. Cette pièce appartient à la série des "Caramboles".
C'est cette pièce qui est à l'origine de la série "Chimères" aujourd'hui.
Tournage, teinture, sculpture et polychromie sont associés dans cette réalisation.
Démarche artistique
Dans mon enfance et mon adolescence, la garrigue provençale est le jardin sauvage où je vais chercher l’apaisement d’une vie déjà cabossée. Je fais parti
des êtres qui perçoivent une forme de conscience dans le silence apparent des animaux, des végétaux, des pierres,
des éléments. Près d’eux je ressens une présence vraie
et nue, profonde et
intense. Je vis des moments de paix.
C’est le début de ma quête des mondes invisibles que bien plus tard je nommerai mon « chemin de
lumière ».
En 1984 je découvre le tournage et la sculpture sur bois. Travailler ce matériau vivant me procure une grande joie. Créer des formes à partir des traces du vécu inscrit dans ces bois me permet de transfigurer le mien. Au fil des ans j’élabore un langage personnel pour exprimer ma perception des liens entre le visible et l’invisible. Pour traduire mes ressentis dans la matière, je suis amené à imaginer des techniques telles que les inclusions et assemblages à l’étain, ou encore des procédés de patines à l’aide de pigments.
Le chemin est long et passionnant. Les intuitions artistiques dialoguent avec le cheminement spirituel, réponses aux aléas du chemin de vie, du chemin d’âme. Pas à pas, le jardin secret devient jardin sacré. Les graines prennent racines, les sculptures s’élèvent dans la quête de la lumière.
Ma démarche est dédiée à la célébration
de la puissance vitale de la nature dans tous ses états.
En cela elle est proche du "naturalisme intégral" défini en 1978 par Pierre Restany et Franz
Krajcberg.
Comme une réponse aux "Révoltes" sculptées par cet artiste majeur, mes créations proposent des vecteurs de lumière, d'espoir, de prise de conscience…
La beauté, la force, la vitalité, le mouvement, mais aussi l'usure, l'impermanence, la destruction et encore la renaissance, le renouvellement, sont exprimés dans mes œuvres.
Les qualités et les défauts qui constituent les éléments naturels sont toujours mis en scène, révélés, transcendés, autant dans les matières utilisées que dans le travail des volumes et le jeu des aspects de surface.
Animées d'une vie propre, mes créations souhaitent parler au plus profond de l'être qui les découvre.
